Dans un contexte socio-économique en profonde mutation, la sauvegarde de notre système de santé est un enjeu majeur pour l’ensemble de nos concitoyens. Il revient aux professionnels de santé d’améliorer leurs pratiques, en s’appropriant de nouveaux outils numériques, avec confiance et sans appréhension.

Augmentation de l’espérance de vie, innovations médicales et investissements sur le marché de la santé de géants extérieurs au secteur médical sont les trois évolutions majeures du contexte socio-économique français.

L’amélioration des conditions de vie, les progrès de la médecine et ceux de la recherche permettent désormais à tous de vivre plus vieux et en meilleure santé. Selon l’INSEE, l’espérance de vie d’une femme est aujourd’hui en moyenne de 85 ans (contre 69 ans en 1950) et celle d’un homme de 79 ans (contre 63 ans en 1950)(1).

Le développement de la médecine de précision avec de nouveaux médicaments appelés thérapies ciblées notamment dans le traitement des cancers ont transformé, au fil des années, des pathologies mortelles en maladies chroniques. Grâce aux pratiques diagnostiques, aux progrès thérapeutiques, à la prévention et à une prise en charge plus efficace au travers des dépistages organisés, le cancer est considéré comme une affection de longue durée (ALD). Il est donc pris en charge à 100% par la Sécurité Sociale.

Préserver le système de santé français…

Mis en place après de la seconde guerre mondiale, sur la base du programme du Conseil National de la Résistance, le système de santé français, est, d’une part, soumis à rude épreuve. Il subit les répercussions de ces mutations structurelles et doit faire face à un déficit chronique qui s’élevait 7,1 milliards d’euros en 2016 (dont 4,1 milliards pour l’Assurance Maladie confrontée à la prise en charge de nouvelles pathologies chroniques)(2) ; et d’autre part, à des dysfonctionnements dans certaines structures de soins, comme les services d’urgences, complètement saturés l’hiver dernier par l’afflux massif de patients atteints de la grippe, au point de déclencher des « plans blancs » sur tout le territoire !

 La préservation de notre système de santé, auquel tous les Français restent très attachés parce qu’il garantit encore le principe universel de l’accès aux soins pour tous, concerne donc tous les acteurs dont, en premier lieu, les professionnels de santé, unanimes pour reconnaitre la nécessité d’améliorer leurs pratiques.ale, alors que « subir » plusieurs cancers « différents » au cours de sa vie est de moins en moins rare.

… par l’utilisation adaptée d’outils de e-santé

Cette demande de changement synonyme d’efficience et de meilleure qualité de travail dans la prise en charge du patient est indissociable de l’utilisation pertinente des outils de e-santé.

Dans le respect de tout impératif éthique, l’utilisation du Big Data de façon sécurisée contribuera à remettre l’humain au coeur de la décision médicale

Nous avons expérimenté en Rhône-Alpes-Auvergne avec tous les professionnels de santé un carnet de vaccination électronique, s’appuyant sur un système expert qui établit un diagnostic vaccinal en fonction des caractéristiques sociodémographiques, le profil santé et l’historique vaccinal de l’individu. : 1 fois sur 2 l’utilisation de cet outil permet au médecin d’adapter sa vaccination à la situation de son patient. Envisagée sous forme d’intelligence augmentée et dans le respect de tout impératif éthique, l’utilisation du Big Data de façon sécurisée contribuera également à remettre l’humain au cœur de la décision médicale, qui pourra devenir collégiale, en l’adaptant au meilleur intérêt du patient et… des finances publiques !

Un autre exemple est l’impact des objets connectés de santé sur les pratiques médicales et les relations soignés-soignants. Nous avons mené une expérimentation de télésuivi avec des professionnels de santé du terrain selon un protocole validé par le Comité de Protection des Personnes (CPP). Les résultats de cette expérimentation ont été présentés au ministère de la santé : le constat factuel est que cela permet d’éviter des hospitalisations, en permettant au médecin traitant d’adapter le traitement du patient sans attendre la prochaine consultation. Une balance connectée détecte simplement la prise de poids rapide – quelques jours – signe d’une dégradation de l’état de santé du patient (insuffisants cardiaques, insuffisants rénaux, …). Ces objets connectés s’inscrivent dans cette logique par leur capacité à suivre, en temps réel poids, tension et activités, etc. des patients et à transmettre les alertes nécessaires au médecin traitant.

 

Vers une « googlisation » de la santé ?

Dans ce contexte de profondes mutations de la santé et de la médecine, Google(3) a annoncé que sa filiale santé allait recruter une cohorte de 10.000 volontaires, baptisée Baseline, pour décrypter leur génome et réaliser des examens d’imagerie. Ceci représente un investissement de plus de 100 millions de dollars et soulève quelques questions sur les protocoles mis en place. Et c’est tout le problème des actions menées par ces géants qui ne sont pas des professionnels de santé et ne sont pas reconnus comme tels par les autorités.

Forte de son cadre juridique et éthique (CNIL, hébergeurs de données de santé, …) et son écosystème d’innovations adapté aux start-up (« France eHealth Tech »), la France offre un terreau idéal au développement d’une industrie leader de la e-Santé.

Économie d’échelle, meilleure coordination des actes médicaux et confiance retrouvée, un triptyque gagnant pour faire tomber les dernières réticences des professionnels en matière de e-Santé(4).

 

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LES AUTEURS

Didier Ambroise .

Associé fondateur de Doshas Consulting, cabinet spécialiste de la transformation numérique des acteurs de la santé. Il est également secrétaire général du Think Tank « Le Cercle de la Donnée » et copilote le Groupe de Travail « développement économique des entreprises en France et à l’International » du Conseil du Numérique en Santé (CNS).

Références bibliographiques :

(1) « En France, en 2019, l’ espérance de vie à la naissance est de 85,6 ans pour les femmes et de 79,7 ans pour les hommes. » (source Insee février 2020).
https://www.insee.fr/fr/statistiques/4277640?sommaire=4318291


(2) Avec la crise sanitaire du COVID-19, le déficit prévisionnel de la sécurité sociale sera de 41 milliards d’euros en 2020.
https://www.lesechos.fr/economie-france/social/coronavirus-le-deficit-de-la-securite-sociale-va-plonger-a-plusde-40-milliards-deuros-1197324


(3) https://www.lesechos.fr/idees-debats/sciences-prospective/0212015981124-sante-pourquoi-google-lancesa-cohorte-2083629.php


(4) La téléconsultation médicale a connu une explosion des usages depuis le confinement mis en place pour lutter contre l’épidémie de coronavirus. Selon les chiffres publiés par la Caisse nationale d’assurance-maladie (CNAMTS) près d’un demi-million de téléconsultations ont été facturées entre le 23 et le 29 mars 2020.
https://www.ameli.fr/fileadmin/user_upload/documents/20200331_-CP_Teleconsultations_Covid_19.pdf

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