Qu’est-ce qu’un cadre d’interopérabilité ?

Un cadre d’interopérabilité permet la communication entre 2 systèmes distincts. A titre d’exemple, dans le domaine des télécoms, lorsque vous envoyez un SMS ou appelez quelqu’un, vous ne vous souciez pas de savoir chez quel opérateur est votre interlocuteur. Les différents opérateurs utilisent des signaux et des fréquences compatibles afin que les informations puissent être acheminées.

Dans le secteur de la santé en France, c’est le Cadre d’Interopérabilité des Systèmes d’Information de Santé[1] (CI-SIS) de l’ASIP qui fixe les règles d’une informatique de santé communicante.

Plus spécifiquement pour le sujet qui nous intéresse aujourd’hui, le volet du CI-SIS régissant l’interopérabilité du carnet de vaccination[2], est le volet CVA.

Le volet CVA définit ainsi 2 règles / prérequis :

  • L’interopérabilité technique qui porte sur les services garantissant l’échange et le partage des données (avoir des systèmes qui puissent communiquer entre eux).
  • L’interopérabilité des contenus métier qui permet le traitement et la compréhension des informations transmises (avoir un « langage commun » afin que le message transmis soit compris).

Que les experts pardonnent ces précisions, mais il semblait important de faire ce préambule afin de rendre cet article accessible au plus grand nombre.

 

L’importance de l’interopérabilité afin de créer de l’usage

Durant l’une de nos missions, Doshas Consulting a été amené à travailler sur une expérimentation de carnet de vaccination électronique.

Durant la phase de déploiement de l’outil construit avec l’appui des professionnels de santé, un frein important est rapidement apparu, celui du temps nécessaire au remplissage du carnet en ligne. Ce n’est un secret pour personne, les professionnels de santé croulent sous les formalités « administratives » et de « secrétariat ». Aussi, sur le temps réduit d’une consultation, peu étaient en mesure de consacrer quelques minutes à la création et au remplissage d’un carnet en ligne. Et pour cause, entre le volet vaccinal du carnet de santé et leur logiciel métier, le carnet de vaccination électronique imposait donc une triple saisie des informations.

Tout naturellement, nous avons donc cherché une solution alternative afin de fluidifier les usages : l’interopérabilité du carnet de vaccination avec les logiciels métiers des professionnels de santé.

Un cadre d’interopérabilité existait déjà (volet CVA du CI-SIS dans sa version de 2012), et même s’il était incomplet, notamment dans la dimension « interopérabilité sémantique », il pouvait servir de base aux premiers échanges.

Nous avons donc, via un appel d’offres spécifique à l’interopérabilité, interrogé le marché des éditeurs de logiciels, afin d’enclencher au plus vite des travaux d’interfaçage dans le cadre de notre expérimentation.

Nous n’avons eu aucune réponse à notre appel d’offres… « cadre d’interopérabilité existant amené à évoluer et non opposable », « Roadmap déjà définie », … Telles ont été les justifications remontées pour décliner toute participation au projet.

 

Vers une interopérabilité de tous les acteurs de la e-santé ?

Aujourd’hui, la parution de l’Asip Santé sur le cadre d’interopérabilité fixe donc un cadre pour la partie technique, et gageons qu’il puisse favoriser les initiatives des éditeurs afin d’intégrer des fonctionnalités performantes (comme par exemple un système expert de recommandations vaccinales contextualisées par patient) au sein de logiciels métiers qui en sont dépourvus. Le dernier frein sera celui de l’interopérabilité sémantique, toujours en cours d’élaboration côté Asip Santé, qui limite en l’état l’échange de données structurées entre 2 systèmes distincts ?

Cela devrait également favoriser le dépôt d’informations vaccinales fiables au sein du Dossier Médical Partagé (DMP). Toujours en l’absence d’une sémantique de référence, ces dépôts au sein du DMP pourraient se faire dans un premier temps sous forme non structurée (par exemple, dépôt d’un pdf reprenant l’état vaccinal au jour J du dépôt).

Pour conclure, l’interopérabilité est clairement le genre de cadre dont la e-santé a besoin aujourd’hui. Comment faire prospérer le secteur de la e-santé, s’il existe « n » systèmes propriétaires qui ne communiquent pas ensemble ? C’est d’ailleurs un sujet déjà analysé au sein de la Newsletter #7 « Perspectives » et l’interview de Guillaume Marchand, président de e-HealthTech France, que vous pouvez retrouver sur le site de Doshas Consulting.

 

[1] ASIP : http://esante.gouv.fr/services/referentiels/referentiels-d-interoperabilite/cadre-d-interoperabilite-des-systemes-d

[2] http://esante.gouv.fr/sites/default/files/asset/document/ci-sis_contenus_volet-carnet-vaccination_v2.2.pdf

 

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